jeudi 15 décembre 2005

Le couvent des Religieuses de la Présentation de Marie (1939-1954)

Par Andrée Chabot Vallières

Suite à l'incendie de l'école du village en 1938, mon père Wilfrid Chabot et monsieur Adrien Neveu firent des démarches pressantes auprès des religieuses de la Présentation de Marie de Saint-Hyacinthe afin qu'elles viennent participer à l'éducation des enfants du village. Ils étaient appuyés par M. le curé Saint-Pierre et les membres de la Commission scolaire : Moïse Chevalier, président, Arcade Édoin, Augustin Benoit, Raoul Pelletier et Alcide Roy, commissaires. Il fut difficile d'avoir leur acceptation parce qu'il y avait déjà un couvent de la même communauté à Philipsburg; mais les efforts ne furent pas vains.

En 1939, la Commission scolaire achetait l'hôtel de M. Philippe Ménard, situé entre le 421 et le 425, chemin Luke, afin de le céder aux religieuses pour la somme d'un dollar (1,00 $). L'édifice modifié est devenu le couvent du village.


L'ancien hôtel de Philippe Ménard.
En 1939, il fut vendu à la Commission scolaire de Saint-Armand-Ouest et réaménagé en couvent par les Soeurs de la Présentation de Marie.
Source : Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Un escalier extérieur montait aux classes; une grande galerie sur laquelle on s'amusait les jours de pluie bordait la façade et le côté sud. Deux allées de petits cailloux gris enjolivées de lisières de hostas conduisaient aux entrées principales. La porte de droite donnait accès au parloir et à la chapelle, tandis que celle de gauche servait d'entrée aux pensionnaires.

Soeur Philippe-du-Sauveur fut la première directrice. Elle était accompagnée de Soeur Pierre-Julien, Soeur Aimé-de-la-Providence et Soeur Emmanuelle, enseignantes, et de la cuisinière, Soeur Donatienne, qui cultivait un grand jardin et y travaillait ardûment.

Au cours des ans, le pensionnat a accueilli de nombreux enfants, d'ici et d'ailleurs. Notre ami Élie Pelletier nous rappelle les noms des premiers pensionnaires : Maurice Rocheleau, Luc Fournier, Rhéa Rhéaume, Gisèle et Estelle Beauregard. Étant trop jeune pour fréquenter l'école au début, je me souviens qu'en première et deuxième années, ma soeur Lise et moi étions demi-pensionnaires; nous soupions, faisions nos travaux scolaires et dormions au couvent, mais nous allions dîner chez-nous... en courant, je crois.


Cette photo de deux pensionnaires nous permet de voir les allées de hostas en façade du couvent. Les deux pensionnaires sont les nièces de Madame Juliette Desranleau, Marielle et Lise Reed.
Source : Album personnel de l'auteure
Je me rappelle que Soeur René-de-la-Croix, Soeur André-du-Sacré-Coeur (soeur de sang de Soeur Pierre-Julien), Soeur Saint-Denis, Soeur Saint-Isaïe (professeur de musique) ainsi que Soeur Mathilde-du-Divin-Coeur (dernière directrice) ont fait partie intégrante de notre éducation. N'oublions pas notre adorée Soeur Léonce : elle cuisinait des bonbons en sucre d'orge, de la tire Sainte-Catherine et des pets-de-soeurs tout à fait exquis.

Les religieuses enseignaient de la première à la neuvième année aux enfants de l'arrondissement et aux pensionnaires. Nous pouvions aussi enrichir notre formation par des cours de piano, de chant et de théâtre.


Soeur Philippe du Sauveur, première directrice de l'école, surveillant un groupe d'enfants dans la cour.
Source : Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Vous souvenez-vous du 21 novembre, fête de la Présentation de Marie au temple, d'après le calendrier liturgique? C'était une journée sans cours académiques. Il y avait beaucoup d'animation ce jour-là; on présentait un spectacle préparé des mois durant. Les parents venaient admirer leurs jeunes qui s'exécutaient sur la scène en chantant, déclamant un poème ou en pianotant des airs de Mozart, Chopin ou Beethoven. La musique classique était de mise. Le répertoire plus populaire était celui de La Bonne Chanson de l'abbé Gadbois.

Le même scénario se répétait à la fin de l'année scolaire, avec un nouveau spectacle qui valorisait toujours les élèves. Les religieuses soulignaient aussi de façon différente la fête de Mère Marie Rivier, fondatrice de la communauté.

À l'époque, les pensionnaires portaient une robe noire avec collet et poignets rigides blancs (style collet romain), jupe à plis avec une ceinture bleue ornée d'un "M" pour attache. Le "M" signifiait Marie. C'était l'uniforme traditionnel de toutes les pensionnaires de la Présentation de Marie. Plus tard, le costume était légèrement modifié : la robe toujours noire avait un collet et des poignets blancs plus souples, et la ceinture, une boucle blanche. Pour les garçons, rien de spécial : le veston et la cravate pour les jours de fête.


Andrée Chabot, dans sa tenue de pensionnaire.
Source : Album personnel de l'auteure
C'est en juin 1954 que se 'tourne la page' du Couvent de Saint-Armand.

Soeur Pierre-Julien y était enseignante depuis les débuts. Ses élèves et leurs parents ont été heureux de la revoir plus tard, lors du centenaire de la paroisse en 1978. Elle est décédée à Granby, le 10 mars 1981.

À cause de l'enseignement reçu, de la discipline, du dévouement inlassable et de la grande générosité des religieuses, nous sommes remplis de reconnaissance et, du fond du coeur, nous leur disons un GRAND MERCI!

En septembre 1954, deux laïques, Marie-Reine Lamothe et Laura Larochelle, prennent la relève. Au début de l'hiver, le chauffage tombe en panne et l'école est fermée : il faut déménager. Le salon de mes parents accueille une classe; l'autre s'installe au sous-sol de l'église.

Quelques années plus tard, l'immeuble vendu à M. Roméo Pelletier tombait sous les pics des démolisseurs. Le bois de charpente récupéré servit de départ à la construction d'une nouvelle maison.

Notre Alma mater n'est plus... mais les souvenirs restent gravés à jamais et nous avons voulu les partager.

mercredi 14 décembre 2005

La Commission scolaire Saint-Armand-Ouest (1872-1972)

Regard sur un siècle d'histoire

Faits saillantsDocuments et Lois
Années 1870Des recherches font mention d'un échange de correspondance datant de 1872 en vue d'organiser un réseau scolaire dans notre milieu. Après l'érection canonique de la paroisse en 1878, les curés deviennent de précieux promoteurs de notre école.
Années 1890La Commission scolaire Saint-Armand-Ouest est officiellement constituée le 1er juillet 1893. Arrêté en conseil
Source : Archives nationales
Années 1920En 1928, les archives locales sont détruites dans un incendie.
Années 1930Les écoles de Morgan Corner et du village de Philipsburg sont détachées et forment la Commission scolaire Saint-Philippe de Philipsburg. Arrêté en Conseil
Répartition de la dette
Années 1940Contrôle des absences1943 - L'instruction est obligatoire jusqu'à 14 ans.
1944 - La gratuité des manuels scolaires.
Années 1950Fermeture des écoles de rang, début du transport scolaire.La centralisation : construction d'écoles modernes
Années 1960Délégués à la Commission scolaire régionale : Joseph Messier, Marcel Ménard, Jean Louis Houle

Fermeture de l'école Saint-Thérèse de Pigeon Hill (1963)

Ouverture des classes de maternelles

Entente avec Philipsburg pour répartir les classes
1964 - Création du ministère de l'Éducation, formation des commissions scolaires régionales pour regrouper le secondaire.
Années 1970Formation de la Commission scolaire des Rivières (siège social à Farnham)

Élection d'un commissaire, Clément Benoit, pour représenter Saint-Armand et Philipsburg

1er juillet 1972 - Dissolution de la Commission scolaire Saint-Armand-Ouest
Regroupement régional de l'élémentaire, suite à la Loi 27






Liste des commissaires : président, secrétaire-trésorier

LISTE...............

Les archives de 1928 à 1972 sont conservées à la Cité de l'histoire, rue Principale à Granby.

jeudi 1 décembre 2005

Ouvrir ou fermer nos églises?

Billet aigre-doux

D'ici le 11 janvier 2006, soirées publiques d'information et de discussion sur l'avenir de la communauté et de l'église dans les cinq paroisses que dessert l'Unité pastorale des Frontières. La première avait lieu le 21 novembre 2005 à Philipsburg et rassemblait une vingtaine de personnes, une dizaine si on exclut les membres du comité de réflexion venus présenter l'état de la situation. Celle de Saint-Armand, le 24 novembre 2005, regroupait une cinquantaine de personnes incluant les membres du comité.

J'ai noté quelques chiffres qui donnent un aperçu de la situation.
  • Sur le territoire de l'Unité pastorale des Frontières, 7,5 % de la population catholique fréquente l'église. Selon les chiffres du dernier recensement (2001), Saint-Armand-Philipsburg compte 748 catholiques sur une population de 1247 habitants.

  • Sauf à Bedford, chaque église est l'hôte d'une célébration un dimanche sur deux : en moyenne, 14 % des places sont alors occupées, dont près de la moitié par des paroissiens de l'extérieur; en moyenne, chaque église est ouverte au culte 29 heures par année. Coûts fixes de chaque célébration : 350 $ à l'église Saint-Philippe de Philipsburg; 463 $ à l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Saint-Armand.

  • Selon les paroisses, entre 20 et 28 % des paroissiens paient la dîme (40 $/an). Nos paroisses bouclent leur budget grâce à la générosité de fondations ou à des revenus provenant d'activités de financement. L'Unité pastorale des frontières fait face à un déficit de 387 000 $.

  • Actuellement, le diocèse de Saint-Hyacinthe compte 84 prêtres dont 56 sont affectés aux 104 paroisses; en 2015, il restera 27 prêtres ayant moins de 69 ans dans le diocèse; deux candidats sont en formation vers la prêtrise.

  • Il est de plus en plus difficile de recruter des bénévoles dans les paroisses; il faut parfois faire appel à des personnes de l'extérieur pour les besoins des cérémonies liturgiques.

  • Dans certaines paroisses dont les nôtres, un ou deux enfants seulement participent aux activités d'initiation à la vie chrétienne (qui remplacent les cours de catéchèse qu'on élimine graduellement dans les écoles du Québec maintenant déconfessionnalisées).

  • Beaucoup d'églises du diocèse ont été ou sont en voie d'être reconverties, notamment celle de Sainte-Sabine (édifice municipal) et trois à Granby (gymnase, CLSC, bibliothèque...); des projets sérieux d'acquisition sont à l'étude, entre autres à Sorel où 2 églises répondraient aux besoins (il y en a 4) et à Saint-Hyacinthe où 3 suffiraient (il y en a 11).

Ce n'est là qu'un bref aperçu de la situation décrite par le comité de réflexion sur l'avenir de nos communautés et de nos églises : ne serait-ce que pour prendre conscience du drame qui se vit actuellement dans nos paroisses, assister à ces soirées en vaut la peine. L'aspect financier ('le nerf de la guerre') y est notamment décrit dans ses moindres détails -- on y apprend par exemple que le prix chargé pour des funérailles (300 $) n'en couvre même pas les frais! La problématique de survie qui découle de la fragilité financière, est fort bien posée : pas de viabilité possible pour une église sans une plus grande vitalité de sa communauté.

Statistiquement, je fais partie des 92,5 % de croyants catholiques à la recherche de sens qui vivent leur spiritualité en marge de la communauté 'pratiquante'. L'avenir de l'Église et de nos églises m'interpelle pourtant profondément. Notre quête de sens 'hors de l'église' a besoin de signes pour s'alimenter. Or, les signes 'dominants' dans notre société sont plutôt négatifs merci, particulièrement dans les médias : violence, domination et exploitation de l'homme par l'homme; inégalités et dépendances de toutes sortes, réelles comme virtuelles; égocentrisme et mépris allant jusqu'à la destruction de la dignité, de la vie et de la nature elle-même, sous le couvert du plaisir, du développement et de la rentabilité... Réfugiés dans notre individualisme et dans nos chaumières pour échapper au pire, nous avons tellement besoin de signes positifs pour garder un minimum d'espoir vital, comme de voir des gens autour de nous qui continuent à croire en Dieu et à se rassembler pour le prier...

C'est bien là la tragédie. Nos églises doivent fermer faute de viabilité au moment où il faudrait qu'elles s'ouvrent et manifestent leur vitalité pour ostensiblement soutenir notre foi dans la vie et notre espérance dans l'humanité.

Jean Trudeau

« Nous, on s'en fout! » ou Les grands absents aux audiences du BAPE sur l'autoroute 35


DE Saint-Armand sur le Web
Billet aigre-doux du 17 décembre 2005


Les 45 jours des audiences publiques du BAPE sur le parachèvement de l'autoroute 35 viennent de prendre fin. Chacune des séances de la Commission nous a permis de vivre une expérience profondément démocratique. Une expérience caractérisée par l'écoute et le respect dont les commissaires, Mme Claudette Journault et Mme Lucie Bigué, ont fait preuve à chaque séance auprès de tous les intervenants, spécialistes aussi bien que citoyens. Grâce à cette Commission, une grande quantité d'information concernant les multiples aspects du projet a été rendue disponible (voir le site Web du BAPE) et tant soit peu compréhensible. L'information est la base d'une véritable démocratie : ne serait-ce que pour soutenir ce principe, le BAPE a sa raison d'être.

C'est aussi grâce à la tenue de ces audiences publiques, que chaque citoyenne et citoyen, individu comme corporation, que tous ont pu émettre ouvertement et publiquement leur opinion sur le projet mis de l'avant par le ministère des Transports du Québec, exprimer leurs préoccupations, faire des recommandations, argumenter en faveur ou contre le projet. L'ensemble des interventions fera maintenant l'objet en mars prochain d'un rapport synthèse de la Commission au ministre du Développement durable, à qui reviendra le mot de la fin.

Le projet de parachèvement de l'autoroute 35 affectera particulièrement Saint-Armand. En effet, si l'autoroute permettra de contourner toutes les municipalités le long de son parcours, c'est tout le contraire à Saint-Armand, puisqu'elle viendra définitivement enclaver une partie de la municipalité, ne laissant à toutes fins utiles qu'un étroit passage entre Philipsburg et Saint-Armand. Quel sera l'impact de ce corridor autoroutier nord-sud avec ses trois échangeurs sur notre vie quotidienne, sur notre sécurité, sur la macro-économie de notre région et la micro-économie de chacun de nos villages et hameaux, sur la nature environnante déjà fragilisée, sur notre patrimoine menacé d'abandon, sur notre culture qui peine à survivre, sur notre agriculture en crise, sur notre démographie en péril? Bref, quel sera l'impact du parachèvement de l'autoroute 35 au terme de cette décennie sur l'avenir de Saint-Armand?

À quelques exceptions près, les audiences publiques du BAPE n'ont pas permis d'avoir de réponses à ces interrogations. La raison en est bien simple : les organisations publiques de notre région qui ont pourtant les ressources financières et humaines pour le faire ont brillé par leur absence tout au long des audiences. Ceux qui auraient pu et dû venir aborder publiquement les impacts sociaux, culturels et économiques du projet dans notre milieu se sont tus. Où étaient les représentants de la MRC de Brome-Missisquoi, de la CRÉ de Brome-Missisquoi, du CLD Brome-Missisquoi, du Mouvement Desjardins, de la Corporation de développement de Bedford et région, de la Commission scolaire de Val-des-Cerfs, des grandes entreprises qui ont pignon sur rue dans la région... Absents : motus et bouche cousue! Tous, pourtant, disent jouer un rôle régional et servir les intérêts des grandes comme des petites municipalités quand vient le temps de piger directement ou indirectement dans les poches des contribuables de Saint-Armand...

Ce qui, à mes yeux, ressort d'une manière flagrante de ce silence de nos instances régionales aux récentes audiences du BAPE, c'est combien profonde est l'aliénation d'un 'petit milieu' comme le nôtre à la suite de la régionalisation et la centralisation systématiques de nos services publics durant les dernières décennies. Loin des yeux, loin du coeur : les sentiments d'appartenance et de solidarité régionale seraient-il en train de s'émousser dans ce pays? Faut-il décoder le message que nous envoie cette non-participation par : « On s'en fout pas mal de Saint-Armand et de sa baie qui stagnent; arrangez-vous avec votre autoroute, on a d'autres chats à fouetter dans nos villes-centres »?

Il y a, heureusement, deux côtés à une médaille. Il nous reste encore une tribune démocratique locale bien en place : le Conseil municipal. Et il y a de l'espoir de ce côté pour les 1 297 habitants de Saint-Armand. J'y reviendrai sans doute dans un prochain billet.

Jean Trudeau

mercredi 26 octobre 2005

L'impact du projet de parachèvement de l'autoroute 35 à Saint-Armand


DE Saint-Armand sur le Web
Saint-Armand, le 29 octobre 2005

Monsieur Thomas J. Mulcair
Cabinet du ministre
Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs
Édifice Marie-Guyart, 30e étage
675, boulevard René-Lévesque Est
Québec (Québec)
G1R 5V7


OBJET : Demande d'audiences publiques au sujet du projet de parachèvement de l'autoroute 35 dans la municipalité de Saint-Armand.

Monsieur le Ministre,

C'est à titre de citoyen de Saint-Armand qui aime passionnément son coin de pays et dans le cadre de la période d'information et de consultation publiques du BAPE qui se termine aujourd'hui que je vous demande de tenir des audiences publiques sur le projet de parachèvement de l'autoroute 35. Plus particulièrement, sur les infrastructures prévues à l'intérieur des six kilomètres qui couperont définitivement en deux la municipalité de Saint-Armand.



Sur une longueur d'environ six kilomètres, quatre infrastructures majeures sont prévues à Saint-Armand, parmi lesquels l'échangeur sud est un pensez-y bien.
Je m'interroge sérieusement sur les impacts d'une des quatre infrastructures qui font partie du projet du ministère des Transports du Québec (MTQ) dans notre localité, celle de l'échangeur sud. S'il est construit tel que conçu par le MTQ, cet échangeur constitue une menace pour notre sécurité et l'intégrité de notre paysage, pour le milieu écologique environnant, pour notre qualité de vie en milieu rural ainsi que pour la cohésion et le développement de nos collectivités récemment fusionnées. Sans compter qu'il risque de mettre à l'écart un site inestimable faisant partie du patrimoine bâti de Philipsburg.



Le chemin Saint-Armand : parfaitement intégré au moindre méandre de notre paysage.
1. Une menace pour notre sécurité et l'intégrité de notre paysage.

C'est déjà une anomalie que les transporteurs routiers doivent utiliser le chemin Saint-Armand faute de route alternative. Or, cet échangeur prévoit une bretelle spécialement aménagée pour en faciliter l'accès aux semi-remorques. Cette configuration ne manquera pas d'accroître le nombre de routiers qui l'emprunteront et de multiplier par le fait même les risques d'accidents déjà trop grands. Ultérieurement, c'est l'intégrité même du chemin Saint-Armand -- parfaitement intégré aux nombreux méandres de notre paysage -- qui risque d'être remise en cause par le MTQ sous le prétexte d'en faire une route droite sécuritaire et moderne mieux accordée au camionnage.

2. Une menace pour le milieu écologique environnant.

Favoriser l'utilisation du chemin Saint-Armand pour le transport routier, c'est aussi nuire aux conditions nécessaires à la protection du Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg : tranquillité, pureté de l'air... Ce site protégé s'étend sur 480 ha à partir de la baie Missisquoi en suivant l'emprise sud du chemin Saint-Armand. Or, favoriser l'accroissement du transport routier dans ce secteur le rendra d'autant plus vulnérable à cause du bruit et de la pollution associés au passage des poids lourds.



« Partageons la route! », dit le slogan de Transports Québec. Avec les 'dix-huit roues'?
3. Une menace pour notre qualité de vie en milieu rural.

Qui dit camions lourds dans un 'chemin de campagne' dit bruits de moteur, émanations polluantes et risques accrus pour la sécurité routière des résidants qui s'y sont installés pour des raisons toutes autres. Pourrons-nous encore marcher le long du chemin Saint-Armand? Pourrons-nous encore -- comme nous invite à le faire un panneau réclame de Transports Québec -- partager la route avec les cyclistes venus s'y balader en profitant du paysage apaisant?



La seule façon de passer de Saint-Armand à Philipsburg : la traversée à haut risque de la route 133 avec ses six voies, à la rue Montgomery.
4. Une menace pour la cohésion et le développement de notre collectivité.
Je déplore que les signataires de l'étude d'impact, Genivar Groupe Conseil, n'aient pas abordé les effets que risque de provoquer ce 'mur routier' sur la cohésion et le développement de nos deux collectivités récemment fusionnées. La route 133 équivaut déjà à une tranchée à la fois physique et psychologique entre l'est et l'ouest de Saint-Armand; imaginez l'effet de sa transformation en autoroute balisée! L'échangeur sud proposé viendra tout simplement achever le processus, empêcher que la fusion des deux administrations ne puisse aboutir à la fusion des deux populations... Et puis, pas besoin d'être futurologue pour affirmer qu'un tel échangeur favorisant l'exode par une voie rapide centrale vers le grand commerce plus au nord ou plus au sud sera désastreux pour le développement de notre économie locale déjà fragile, notamment à cause de l'état de la baie Missisquoi.



Le joyau du patrimoine bâti de Philipsburg, son édifice phare depuis 1819 : la United Methodist Church.
5. Une menace pour le patrimoine bâti de Philipsburg.

Dans l'emprise même de l'échangeur sud projeté, il y a deux sites patrimoniaux importants parce qu'ils sont enracinés dans l'histoire de Philipsburg. La chapelle historique des Méthodistes de l'Église Unie témoigne avec la maison attenante des origines même de Philipsburg; elle constitue l'édifice phare du village depuis 1819. La Légion voisine, issue de l'ancienne école méthodiste, fait aussi partie de notre mémoire collective avec son monument aux soldats originaires de la région disparus durant l'une des deux Grandes guerres et à qui nous devons aujourd'hui notre liberté. Or, l'intégrité de ces lieux, témoins vivants de l'histoire locale et régionale, est grandement compromise par la construction d'un échangeur routier qui les mettra à l'écart sinon au rancart.


Mon intervention n'est ni nostalgique ni directement intéressée. Elle relève d'un souci pour le développement durable de notre municipalité autant sur les plans humain et économique que sur les plans écologique et patrimonial. Je trouve important que vous teniez des audiences publiques au sujet de l'impact des infrastructures routières associées au projet de parachèvement de l'autoroute 35 à Saint-Armand. Objectif : vous assurer que le point de vue exprimé ici reflète celui de mes concitoyennes et de mes concitoyens afin que, le cas échéant, nous ayons la possibilité de soumettre à votre attention un aménagement routier qui soit mieux accordé à notre milieu et porteur d'avenir pour sa population.

Car il y a des solutions de rechange. Celle que je propose a trois volets.



Plus besoin d'entrées ni de sorties au sud si les routiers peuvent se rendre plus rapidement à destination par l'échangeur nord.
1. Ne pas construire l'échangeur sud avec ses entrées et sorties parallèles non plus que la bretelle en aval menant au chemin Saint-Armand..

2. À la jonction des rues Montgomery/Quinn/chemin Saint-Armand, construire le pont d'étagement prévu au niveau actuel avec les quatre voies de l'autoroute en dépression (style autoroute Décarie), en vous assurant que les piétons et les cyclistes puissent y circuler sans danger.



Le développement de Saint-Armand passe par une nouvelle route au nord qui rejoint la route 235, adaptée celle-là au camionnage.
3. Construire un nouveau lien routier entre la route 133/autoroute 35 et la route 235 plus à l'est (une distance d'environ 7 kilomètres) en y affectant les sommes économisées par la transformation de l'échangeur sud en un simple pont d'étagement. Une nouvelle route, adaptée au camionnage celle-là, à la hauteur des carrières et de l'échangeur nord déterminé par le MTQ, qui deviendrait une véritable alternative est-ouest au chemin Saint-Armand. D'autant plus qu'elle serait implantée dans le secteur plus industriel et commercial de Saint-Armand, ce que les entrepreneurs et les camionneurs apprécieraient sûrement.


Pourquoi ne viendriez vous pas faire une balade sur le chemin Saint-Armand et à Philipsburg pour visualiser tout ça avec nos députés Pierre et Denis Paradis? Une occasion de profiter vous-même de nos paysages apaisants et de parler d'avenir avec les gens de ce coin de pays. Faute de temps et de moyens, je n'ai pu les consulter. Je compte sur vous pour qu'ils le soient dans le cadre d'audiences publiques tenues ici même à Saint-Armand sur le projet de parachèvement de l'autoroute 35. Ce projet nous tient à coeur sans doute parce qu'il traversera littéralement le coeur de notre municipalité.

Veuillez accepter, Monsieur le Ministre, les salutations distinguées de quelqu'un qui partage les mêmes préoccupations que vous concernant le développement durable au Québec,

Jean Trudeau

vendredi 30 septembre 2005

L'échangeur prévu au coeur de Saint-Armand : UN NON-SENS


DE Saint-Armand sur le Web
    Le 5 octobre dernier avait lieu une soirée d'information du BAPE sur le projet de parachèvement de l'autoroute 35 entre Saint-Jean-sur-Richelieu et Saint-Armand. Le projet prévoit 5 échangeurs : à Saint-Jean/Saint-Athanase, à Saint-Alexandre, à Saint-Sébastien et à Saint-Armand -- deux à Saint-Armand, sans compter celui du poste frontalier, sur une distance d'environ 6 kilomètres (voir figure A).

    Nous avons jusqu'au 29 octobre pour demander au Ministre que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) tienne des audiences publiques sur les impacts du projet qui est sur la table.


À mon point de vue, l'échangeur 'sud' prévu à l'extrémité ouest du chemin Saint-Armand, là où les rues Quinn et Montgomery croisent la route 133, au coeur même du village de Saint-Armand/Philipsburg (voir figure B), est un NON-SENS à plusieurs égards, notamment parce qu'il accroîtra le transport lourd dans un secteur résidentiel et sur un chemin pas du tout conçu pour les semi-remorques.

La solution du BON SENS passe par la construction d'une route parallèle alternative à la hauteur de l'échangeur nord pour desservir les industries et les commerces de Saint-Armand et favoriser ainsi leur accès et leur développement afin de pouvoir interdire le chemin Saint-Armand au transport routier lourd.



Figure A. Les échangeurs projetés à Saint-Armand
Sur une distance d'environ six kilomètres, le projet du ministère des Transports qu Québec (MTQ) prévoit, du nord au sud, un premier échangeur à la croisée de la rue Champlain et de la route 133 (en pointillé en haut à gauche), un parc routier avec poste de contrôle (en bleu), un échangeur à la jonction de la route 133 avec les rues Montgomery et Quinn/chemin Saint-Armand (en pointillé au centre), des entrées et sorties au poste frontalier (en pointillé en bas à droite).



Figure B. La route 133 à Philipsburg
Saint-Armand est une municipalité coupée artificiellement en deux par la route nationale 133 (qui deviendra vers 2012 l'autoroute 35). Elle regroupe des ilôts résidentiels qui ont nom à l'ouest (à droite) de la route et en bordure de la baie Missisquoi : village de Philipsburg, domaine Rémillard et domaine de la Falaise. À l'est (à gauche) de la route : village de Saint-Armand, Pigeon Hill et Morse's Line.



Figure C. L'échangeur 'sud' envisagé par le MTQ
L'emprise actuelle serait élargie pour faire place à six voies : les quatre voies de l'autoroute elle-même en dépression sous le pont d'étagement (style autoroute Decarie); une voie d'entrée/sortie, de chaque côté. Une bretelle serait spécialement aménagée (coin supérieur droit de l'illustration) pour faciliter l'accès du chemin Saint-Armand aux semi-remorques venant des États-Unis.



Figure D. Le chemin Saint-Armand, harmonieux...
Paysage rural aux multiples facettes, fait d'eau, de forêts, de champs de maïs ou de pâturages, de massifs rocheux, de maisons à l'image de ses habitants aussi singulières que sympathiques. Paysage tout en ondulations à travers lequel se faufile un chemin qu'on dirait naturel tant il s'intègre harmonieusement, un chemin qu'on ne pouvait nommer autrement que chemin Saint-Armand...



Figure E. ...mais aussi dangereux, le chemin Saint-Armand

La plupart des résidants de Saint-Armand vous diront qu'ils ont un jour ou l'autre vécu ou évité la catastrophe à l'approche d'une courbe ou d'une butte au moment où surgit du détour un de ces imposants monstres routiers qu'il nous faut tolérer depuis toujours sur le chemin Saint-Armand, faute de route alternative valable pour desservir les besoins en transport de l'économie locale.



Figure F. « Partageons la route! »
Ce slogan du MTQ à l'entrée du chemin Saint-Armand nous invite à faire courtoisement place aux véhicules à deux roues. Faudra-t-il appliquer encore longtemps ce slogan aux 'dix-huit roues'?



Figure G. Il faut pour les camions lourds une route alternative au chemin Saint-Armand
Pour répondre aux besoins en transport de l'économie locale, pour améliorer la qualité de vie dans le Saint-Armand plus résidentiel (en jaune), pour assurer notre sécurité et celle de nos enfants sur le chemin Saint-Armand, celle des cyclotouristes de plus en plus nombreux et celle des promeneurs friands de beautés naturelles... le MTQ doit construire avant même le parachèvement de l'autoroute 35 une route nationale alternative entre la future autoroute 35 et la route 235 (environ 7 kilomètres à l'est) à la hauteur des carrières, afin d'interdire le passage des camions sur le chemin Saint-Armand entre les deux villages.



 

lundi 5 septembre 2005

On vient (de loin) prier à Philipsburg

Face à la baie Missisquoi depuis 1921, au coeur de Philipsburg resté village malgré sa fusion avec Saint-Armand : le sanctuaire Notre-Dame-du-Laus. Discret, fermé, silencieux, modeste, presque austère : tout ce qu'il faut pour se faire oublier.

  

Pourtant, ce dimanche 4 septembre 2005, le voici ouvert, animé, accueillant, chaleureux... C'est que, comme chaque année à ce temps-ci, pour la 84e année donc, c'est le pèlerinage annuel à Notre-Dame-du-Laus de Philipsburg au Québec.

Un groupe de pèlerins est venu de Montréal accompagné d'un prêtre et de quelques religieuses pour prier la Vierge du Laus. Dès leur arrivée, ils assistent religieusement à la messe, prient sincèrement et chantent en choeur, écoutent la Parole leur rappeler pour la millième fois de s'aimer les uns les autres et de pardonner comme ils voudront l'être.

En sortant, coups d'oeil rapide sur les ex-voto laissés à l'arrière de l'église par des pèlerins reconnaissants d'antan, et regards intrigués de quelques-uns, nouveaux-venus sans doute, sur un étrange vêtement doré, immense, enchâssé comme pour en souligner l'importance, au bas duquel on peut lire :

Voile de la Vierge

Cette châsse contient une chape de drap d'or. Une dame de la noblesse française s'était appliquée pendant plusieurs années à broder ce manteau, puis l'avait offert en ex-voto au Laus de France. Pendant trente ans, il reposa sur les épaules de la statue de Notre-Dame du Laus, témoin muet de la bienveillance de notre bonne Mère.

C'est en 1930 que le Laus français l'offrit au Laus canadien pour marquer le lien de famille qui unit les deux sanctuaires. Ce manteau, même s'il n'est pas à proprement parler une relique, est sûrement chez nous un précieux témoin des bontés de notre Mère du ciel.

Après le repas, la centaine de pèlerins assiste à la projection d'une vidéo sur l'histoire du sanctuaire. Une bien vieille histoire qui remonte à 1664 -- à l'époque ou presque de Samuel de Champlain --, année où une petite fille de Laus dans les Hautes-Alpes française, appelée Benoîte, eut une première apparition de la Vierge. Une histoire incroyable mais qui doit bien être vraie puisque depuis ce temps on y a construit une basilique où viennent des centaines de milliers de pèlerins chaque année... La vidéo nous apprend aussi que c'est Mlle Louisia Riendeau qui en 1911 eut l'idée d'ouvrir un sanctuaire dédié à Notre-Dame-du-Laus à Philipsburg et qu'elle mit dix années à réaliser ce projet. Toute une histoire, celle-là aussi, que vous pouvez lire ici, racontée par M. Paul-Émile Archambault, qui s'occupe actuellement du sanctuaire. Dans les années 1950, je le tiens de l'ex-maire de Philipsburg maintenant doyen du village, il pouvait y avoir jusqu'à douze autobus de pèlerins à la fois venus manifester leur dévotion à la Vierge... À l'époque, c'était Mlle Fabiola Farley aidée de Mlle Lucie Dallaire qui s'occupait de tout, même d'en loger quelques-uns dans sa maison de pension!




Après tant d'images inspirantes, les deux groupes de pèlerins -- membres de la Fraternité eucharistique de Montréal et de l'Apostolat mondial de Fatima -- entreprennent la traditionnelle procession qui les mènera vers la grotte où auront lieu les prières à la Vierge des lieux. Un parcours on ne peut plus simple qui nous amène devant le Sanctuaire d'où, après avoir longé la baie toute calme, nous revenons à l'arrière, devant cette réplique du Laus en France où Benoîte vit et entendit la Vierge plus de 600 fois en 54 ans, selon l'histoire.


J'ai quitté les lieux à la fois intrigué, apaisé et fier. Intrigué par la foi manifeste de ces femmes et de ces hommes venus d'aussi loin que Laval exprès pour prier Notre-Dame-du-Laus, ici à Philipsburg au bord de la baie Missisquoi. Apaisé par les lieux mêmes, le beau temps, le lac tout calme et l'accueil des hôtes 'sans cérémonie'... Fier de constater qu'on peut venir de loin pour trouver ici la paix qui caractérise bien ce lieu trop méconnu de notre région paisible.