mardi 27 décembre 2005

Pourquoi « Armandie » ?

Caractérisation


Ce blogue est un espace en ligne offert à tous ceux et celles qui ont le goût de Saint-Armand. Le goût de faire mieux connaître et apprécier le patrimoine encore debout dans l'un ou l'autre des lieux qui s'y trouvent, des lieux marqués par une histoire malheureusement trop méconnue. Le goût aussi de découvrir et de mettre en valeur la diversité culturelle, sociale et économique qui est au coeur de sa vitalité présente.

Mais pourquoi avoir appelé cet espace en ligne « Armandie » ?

La diversité, si riche soit-elle, peut aussi être un facteur d'isolement et de division. Ce qui unit Saint-Armand, c'est le fait qu'il s'agit d'une seule et même entité administrative. Dans les faits, notre municipalité regroupe géographiquement des villages, des hameaux et des domaines dont les habitants sont fort différents aux plans culturel et historique.

Pour les fins de ce blogue, j'ai pensé que le nom Saint-Armand étant intimement lié au village central de Saint-Armand, il risquait d'être trop restrictif, peut-être même exclusif. Qu'il fallait donc baptiser autrement cet espace virtuel de façon à ce qu'il soit plus inclusif.

Vous ne trouverez pas le le toponyme Armandie dans la Banque des noms de lieux de la Commission de toponymie du Québec : l'Armandie n'existe que virtuellement. L'Armandie n'existe qu'ici, sur le Web. L'Armandie, c'est le village de Saint-Armand, certes; mais aussi ceux de Philipsburg et Pigeon Hill; et ce sont les hameaux Morses Lines, Guthrie, Rosenburg; sans oublier les domaines Solomon, La Falaise et Rémillard... (et dites-le moi si j'ai oublié votre coin!) dont il faut préserver le plus possible l'identité sachant bien que la plus grande richesse d'un territoire, c'est la diversité de ses lieux et non leur homogénéité.

Partons donc à la découverte de ce qui caractérise l'Armandie!

dimanche 25 décembre 2005

L'église de Noël

Un jour l'imaginaire a flirté avec la réalité... 

Il faut que je vous raconte l'incroyable aventure que j'ai vécue la nuit dernière.

Vous savez que la messe de minuit, c'est une tradition à laquelle on tient beaucoup à Saint-Armand. Chaque année depuis des lustres, l'église Notre-Dame-de-Lourdes se remplit le soir du 24 décembre et reste pleine à craquer pendant près de deux heures. C'est qu'on aime s'y retrouver au coude à coude une fois par année pour fêter la Noël avec ce qu'il nous reste de ferveur en bout d'année. On vient écouter la chorale chanter avec ardeur et toussotements les vrais cantiques de Noël. On vient entendre le silence soudainement rompu par le braillement d'un tout-petit et le chut! de sa maman. On vient voir des dizaines d'hommes et de femmes d'un âge certain s'agenouiller devant un enfant de plâtre. On vient flairer l'encens qui s'insinue parmi les arômes des parfums et des cierges allumés. On vient retrouver le goût d'enfance de l'hostie de blé azyme. On vient se laisser ravir par la verve et la bonhomie du curé tellement-inspiré et tellement-souriant à Noël. On vient avec du brillant dans les yeux se souhaiter Joyeux Noël entre connus et inconnus comme si nous nous connaissions depuis toujours...

Hier soir, c'était le 24 décembre. Mais un 24 décembre plus du tout comme les autres avant. Parce qu'à Saint-Armand depuis quelques mois il n'y a plus d'église Notre-Dame-de-Lourdes. En lieu et place il y a maintenant un terrain vague. Démolie, l'église Notre-Dame-de-Lourdes, disparue au nom du bon sens rentable. Je vous épargne les détails parce que vous pouvez comme moi les imaginer : l'église était devenue un fardeau financier pour la fabrique, qui l'a offerte au conseil municipal, qui a consulté ici, consulté là, consulté finalement par référendum les citoyens contribuables, qui ont dit non à une encore augmentation de leur compte de taxes foncières : « On a déjà un centre communautaire presque neuf qui ne sert pratiquement jamais à la collectivité; pourquoi faudrait-il payer pour un deuxième... » Un mois plus tard, il n'y avait plus de parvis en béton à Saint-Armand, plus de clocher argenté qu'on voit de loin, plus d'église en briques rouge fatigué...

Attentif, le curé avait cependant promis solennellement à la population armandoise, résignée devant l'inéluctable, de perpétuer la tradition de la messe de minuit à Saint-Armand même après la démolition de l'église Notre-Dame-de-Lourdes. Hier soir donc, pour la première fois depuis 1845, la messe de minuit à Saint-Armand était célébrée non plus à l'église mais sous le toit cathédrale du centre communautaire...

En descendant la côte qui mène au village, j'eus toute une surprise. Il n'y avait personne au centre communautaire, pas la moindre lumière, pas d'autos dans le petit stationnement d'en face... Je crus un instant m'être trompé de jour à moins que... Le curé nous aurait-il trompé? La messe de minuit serait-elle déménagée dans une vraie église restée encore debout, Saint-Philippe à Philipsburg peut-être?

Quelques centaines de mêtres plus loin, exactement là où il y a cinquante ans se trouvait une traverse de chemin de fer, je jetai un coup d'oeil machinal vers l'endroit où se dressait jadis fièrement l'église Notre-Dame-de-Lourdes pour m'apercevoir... Non, je rêve ou quoi? Elle était là, toute éclairée, avec son parvis de béton et son clocher argenté plus que jamais... Elle était là, l'église Notre-Dame-de-Lourdes en briques plus rouges que je ne les avais jamais vues... Et le grand stationnement d'en face était rempli comme autrefois. Et des hommes, des femmes et des enfants s'y dirigeaient prestement, joyeusement...

L'église serait-elle réapparue par miracle pour que les Armandoises et les Armandois puissent continuer la tradition de la messe de minuit vieille de 160 ans? Incrédule, j'ai voulu m'en assurer, je suis entré à mon tour et... comme j'ai apprécié retrouver ce coude à coude annuel pour fêter la Noël avec ferveur. Écouter la chorale chanter avec ardeur et toussotements les vrais cantiques de Noël. Entendre le silence soudainement rompu par les braillements de tout-petits et le chut! de leur maman. Voir des dizaines d'hommes et de femmes d'un âge certain s'agenouiller devant le Petit Jésus de plâtre. Flairer l'encens s'insinuer parmi les arômes des parfums et des cierges allumés. Retrouver le goût d'enfance de l'hostie de blé azyme. Me laisser ravir par la verve et la bonhomie du curé tellement-inspiré et tellement-souriant à Noël. Souhaiter Joyeux Noël avec du brillant dans les yeux aux gens connus comme aux inconnus comme si nous nous connaissions depuis toujours...

Joyeux Noël!

Jean Trudeau
Saint-Armand
25 décembre 2005

mardi 20 décembre 2005

L'avenir du chemin de Saint-Armand

Mémoire présenté dans le cadre des audiences du B.A.P.E. sur le parachèvement de l'autoroute 35 :

L'échangeur Montgomery à Philipsburg et son impact sur le chemin de Saint-Armand



jeudi 15 décembre 2005

Le couvent des Religieuses de la Présentation de Marie (1939-1954)

Par Andrée Chabot Vallières

Suite à l'incendie de l'école du village en 1938, mon père Wilfrid Chabot et monsieur Adrien Neveu firent des démarches pressantes auprès des religieuses de la Présentation de Marie de Saint-Hyacinthe afin qu'elles viennent participer à l'éducation des enfants du village. Ils étaient appuyés par M. le curé Saint-Pierre et les membres de la Commission scolaire : Moïse Chevalier, président, Arcade Édoin, Augustin Benoit, Raoul Pelletier et Alcide Roy, commissaires. Il fut difficile d'avoir leur acceptation parce qu'il y avait déjà un couvent de la même communauté à Philipsburg; mais les efforts ne furent pas vains.

En 1939, la Commission scolaire achetait l'hôtel de M. Philippe Ménard, situé entre le 421 et le 425, chemin Luke, afin de le céder aux religieuses pour la somme d'un dollar (1,00 $). L'édifice modifié est devenu le couvent du village.


L'ancien hôtel de Philippe Ménard.
En 1939, il fut vendu à la Commission scolaire de Saint-Armand-Ouest et réaménagé en couvent par les Soeurs de la Présentation de Marie.
Source : Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Un escalier extérieur montait aux classes; une grande galerie sur laquelle on s'amusait les jours de pluie bordait la façade et le côté sud. Deux allées de petits cailloux gris enjolivées de lisières de hostas conduisaient aux entrées principales. La porte de droite donnait accès au parloir et à la chapelle, tandis que celle de gauche servait d'entrée aux pensionnaires.

Soeur Philippe-du-Sauveur fut la première directrice. Elle était accompagnée de Soeur Pierre-Julien, Soeur Aimé-de-la-Providence et Soeur Emmanuelle, enseignantes, et de la cuisinière, Soeur Donatienne, qui cultivait un grand jardin et y travaillait ardûment.

Au cours des ans, le pensionnat a accueilli de nombreux enfants, d'ici et d'ailleurs. Notre ami Élie Pelletier nous rappelle les noms des premiers pensionnaires : Maurice Rocheleau, Luc Fournier, Rhéa Rhéaume, Gisèle et Estelle Beauregard. Étant trop jeune pour fréquenter l'école au début, je me souviens qu'en première et deuxième années, ma soeur Lise et moi étions demi-pensionnaires; nous soupions, faisions nos travaux scolaires et dormions au couvent, mais nous allions dîner chez-nous... en courant, je crois.


Cette photo de deux pensionnaires nous permet de voir les allées de hostas en façade du couvent. Les deux pensionnaires sont les nièces de Madame Juliette Desranleau, Marielle et Lise Reed.
Source : Album personnel de l'auteure
Je me rappelle que Soeur René-de-la-Croix, Soeur André-du-Sacré-Coeur (soeur de sang de Soeur Pierre-Julien), Soeur Saint-Denis, Soeur Saint-Isaïe (professeur de musique) ainsi que Soeur Mathilde-du-Divin-Coeur (dernière directrice) ont fait partie intégrante de notre éducation. N'oublions pas notre adorée Soeur Léonce : elle cuisinait des bonbons en sucre d'orge, de la tire Sainte-Catherine et des pets-de-soeurs tout à fait exquis.

Les religieuses enseignaient de la première à la neuvième année aux enfants de l'arrondissement et aux pensionnaires. Nous pouvions aussi enrichir notre formation par des cours de piano, de chant et de théâtre.


Soeur Philippe du Sauveur, première directrice de l'école, surveillant un groupe d'enfants dans la cour.
Source : Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Vous souvenez-vous du 21 novembre, fête de la Présentation de Marie au temple, d'après le calendrier liturgique? C'était une journée sans cours académiques. Il y avait beaucoup d'animation ce jour-là; on présentait un spectacle préparé des mois durant. Les parents venaient admirer leurs jeunes qui s'exécutaient sur la scène en chantant, déclamant un poème ou en pianotant des airs de Mozart, Chopin ou Beethoven. La musique classique était de mise. Le répertoire plus populaire était celui de La Bonne Chanson de l'abbé Gadbois.

Le même scénario se répétait à la fin de l'année scolaire, avec un nouveau spectacle qui valorisait toujours les élèves. Les religieuses soulignaient aussi de façon différente la fête de Mère Marie Rivier, fondatrice de la communauté.

À l'époque, les pensionnaires portaient une robe noire avec collet et poignets rigides blancs (style collet romain), jupe à plis avec une ceinture bleue ornée d'un "M" pour attache. Le "M" signifiait Marie. C'était l'uniforme traditionnel de toutes les pensionnaires de la Présentation de Marie. Plus tard, le costume était légèrement modifié : la robe toujours noire avait un collet et des poignets blancs plus souples, et la ceinture, une boucle blanche. Pour les garçons, rien de spécial : le veston et la cravate pour les jours de fête.


Andrée Chabot, dans sa tenue de pensionnaire.
Source : Album personnel de l'auteure
C'est en juin 1954 que se 'tourne la page' du Couvent de Saint-Armand.

Soeur Pierre-Julien y était enseignante depuis les débuts. Ses élèves et leurs parents ont été heureux de la revoir plus tard, lors du centenaire de la paroisse en 1978. Elle est décédée à Granby, le 10 mars 1981.

À cause de l'enseignement reçu, de la discipline, du dévouement inlassable et de la grande générosité des religieuses, nous sommes remplis de reconnaissance et, du fond du coeur, nous leur disons un GRAND MERCI!

En septembre 1954, deux laïques, Marie-Reine Lamothe et Laura Larochelle, prennent la relève. Au début de l'hiver, le chauffage tombe en panne et l'école est fermée : il faut déménager. Le salon de mes parents accueille une classe; l'autre s'installe au sous-sol de l'église.

Quelques années plus tard, l'immeuble vendu à M. Roméo Pelletier tombait sous les pics des démolisseurs. Le bois de charpente récupéré servit de départ à la construction d'une nouvelle maison.

Notre Alma mater n'est plus... mais les souvenirs restent gravés à jamais et nous avons voulu les partager.

mercredi 14 décembre 2005

La Commission scolaire Saint-Armand-Ouest (1872-1972)

Regard sur un siècle d'histoire

Faits saillantsDocuments et Lois
Années 1870Des recherches font mention d'un échange de correspondance datant de 1872 en vue d'organiser un réseau scolaire dans notre milieu. Après l'érection canonique de la paroisse en 1878, les curés deviennent de précieux promoteurs de notre école.
Années 1890La Commission scolaire Saint-Armand-Ouest est officiellement constituée le 1er juillet 1893. Arrêté en conseil
Source : Archives nationales
Années 1920En 1928, les archives locales sont détruites dans un incendie.
Années 1930Les écoles de Morgan Corner et du village de Philipsburg sont détachées et forment la Commission scolaire Saint-Philippe de Philipsburg. Arrêté en Conseil
Répartition de la dette
Années 1940Contrôle des absences1943 - L'instruction est obligatoire jusqu'à 14 ans.
1944 - La gratuité des manuels scolaires.
Années 1950Fermeture des écoles de rang, début du transport scolaire.La centralisation : construction d'écoles modernes
Années 1960Délégués à la Commission scolaire régionale : Joseph Messier, Marcel Ménard, Jean Louis Houle

Fermeture de l'école Saint-Thérèse de Pigeon Hill (1963)

Ouverture des classes de maternelles

Entente avec Philipsburg pour répartir les classes
1964 - Création du ministère de l'Éducation, formation des commissions scolaires régionales pour regrouper le secondaire.
Années 1970Formation de la Commission scolaire des Rivières (siège social à Farnham)

Élection d'un commissaire, Clément Benoit, pour représenter Saint-Armand et Philipsburg

1er juillet 1972 - Dissolution de la Commission scolaire Saint-Armand-Ouest
Regroupement régional de l'élémentaire, suite à la Loi 27






Liste des commissaires : président, secrétaire-trésorier

LISTE...............

Les archives de 1928 à 1972 sont conservées à la Cité de l'histoire, rue Principale à Granby.

jeudi 1 décembre 2005

Ouvrir ou fermer nos églises?

Billet aigre-doux

D'ici le 11 janvier 2006, soirées publiques d'information et de discussion sur l'avenir de la communauté et de l'église dans les cinq paroisses que dessert l'Unité pastorale des Frontières. La première avait lieu le 21 novembre 2005 à Philipsburg et rassemblait une vingtaine de personnes, une dizaine si on exclut les membres du comité de réflexion venus présenter l'état de la situation. Celle de Saint-Armand, le 24 novembre 2005, regroupait une cinquantaine de personnes incluant les membres du comité.

J'ai noté quelques chiffres qui donnent un aperçu de la situation.
  • Sur le territoire de l'Unité pastorale des Frontières, 7,5 % de la population catholique fréquente l'église. Selon les chiffres du dernier recensement (2001), Saint-Armand-Philipsburg compte 748 catholiques sur une population de 1247 habitants.

  • Sauf à Bedford, chaque église est l'hôte d'une célébration un dimanche sur deux : en moyenne, 14 % des places sont alors occupées, dont près de la moitié par des paroissiens de l'extérieur; en moyenne, chaque église est ouverte au culte 29 heures par année. Coûts fixes de chaque célébration : 350 $ à l'église Saint-Philippe de Philipsburg; 463 $ à l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Saint-Armand.

  • Selon les paroisses, entre 20 et 28 % des paroissiens paient la dîme (40 $/an). Nos paroisses bouclent leur budget grâce à la générosité de fondations ou à des revenus provenant d'activités de financement. L'Unité pastorale des frontières fait face à un déficit de 387 000 $.

  • Actuellement, le diocèse de Saint-Hyacinthe compte 84 prêtres dont 56 sont affectés aux 104 paroisses; en 2015, il restera 27 prêtres ayant moins de 69 ans dans le diocèse; deux candidats sont en formation vers la prêtrise.

  • Il est de plus en plus difficile de recruter des bénévoles dans les paroisses; il faut parfois faire appel à des personnes de l'extérieur pour les besoins des cérémonies liturgiques.

  • Dans certaines paroisses dont les nôtres, un ou deux enfants seulement participent aux activités d'initiation à la vie chrétienne (qui remplacent les cours de catéchèse qu'on élimine graduellement dans les écoles du Québec maintenant déconfessionnalisées).

  • Beaucoup d'églises du diocèse ont été ou sont en voie d'être reconverties, notamment celle de Sainte-Sabine (édifice municipal) et trois à Granby (gymnase, CLSC, bibliothèque...); des projets sérieux d'acquisition sont à l'étude, entre autres à Sorel où 2 églises répondraient aux besoins (il y en a 4) et à Saint-Hyacinthe où 3 suffiraient (il y en a 11).

Ce n'est là qu'un bref aperçu de la situation décrite par le comité de réflexion sur l'avenir de nos communautés et de nos églises : ne serait-ce que pour prendre conscience du drame qui se vit actuellement dans nos paroisses, assister à ces soirées en vaut la peine. L'aspect financier ('le nerf de la guerre') y est notamment décrit dans ses moindres détails -- on y apprend par exemple que le prix chargé pour des funérailles (300 $) n'en couvre même pas les frais! La problématique de survie qui découle de la fragilité financière, est fort bien posée : pas de viabilité possible pour une église sans une plus grande vitalité de sa communauté.

Statistiquement, je fais partie des 92,5 % de croyants catholiques à la recherche de sens qui vivent leur spiritualité en marge de la communauté 'pratiquante'. L'avenir de l'Église et de nos églises m'interpelle pourtant profondément. Notre quête de sens 'hors de l'église' a besoin de signes pour s'alimenter. Or, les signes 'dominants' dans notre société sont plutôt négatifs merci, particulièrement dans les médias : violence, domination et exploitation de l'homme par l'homme; inégalités et dépendances de toutes sortes, réelles comme virtuelles; égocentrisme et mépris allant jusqu'à la destruction de la dignité, de la vie et de la nature elle-même, sous le couvert du plaisir, du développement et de la rentabilité... Réfugiés dans notre individualisme et dans nos chaumières pour échapper au pire, nous avons tellement besoin de signes positifs pour garder un minimum d'espoir vital, comme de voir des gens autour de nous qui continuent à croire en Dieu et à se rassembler pour le prier...

C'est bien là la tragédie. Nos églises doivent fermer faute de viabilité au moment où il faudrait qu'elles s'ouvrent et manifestent leur vitalité pour ostensiblement soutenir notre foi dans la vie et notre espérance dans l'humanité.

Jean Trudeau

« Nous, on s'en fout! » ou Les grands absents aux audiences du BAPE sur l'autoroute 35


DE Saint-Armand sur le Web
Billet aigre-doux du 17 décembre 2005


Les 45 jours des audiences publiques du BAPE sur le parachèvement de l'autoroute 35 viennent de prendre fin. Chacune des séances de la Commission nous a permis de vivre une expérience profondément démocratique. Une expérience caractérisée par l'écoute et le respect dont les commissaires, Mme Claudette Journault et Mme Lucie Bigué, ont fait preuve à chaque séance auprès de tous les intervenants, spécialistes aussi bien que citoyens. Grâce à cette Commission, une grande quantité d'information concernant les multiples aspects du projet a été rendue disponible (voir le site Web du BAPE) et tant soit peu compréhensible. L'information est la base d'une véritable démocratie : ne serait-ce que pour soutenir ce principe, le BAPE a sa raison d'être.

C'est aussi grâce à la tenue de ces audiences publiques, que chaque citoyenne et citoyen, individu comme corporation, que tous ont pu émettre ouvertement et publiquement leur opinion sur le projet mis de l'avant par le ministère des Transports du Québec, exprimer leurs préoccupations, faire des recommandations, argumenter en faveur ou contre le projet. L'ensemble des interventions fera maintenant l'objet en mars prochain d'un rapport synthèse de la Commission au ministre du Développement durable, à qui reviendra le mot de la fin.

Le projet de parachèvement de l'autoroute 35 affectera particulièrement Saint-Armand. En effet, si l'autoroute permettra de contourner toutes les municipalités le long de son parcours, c'est tout le contraire à Saint-Armand, puisqu'elle viendra définitivement enclaver une partie de la municipalité, ne laissant à toutes fins utiles qu'un étroit passage entre Philipsburg et Saint-Armand. Quel sera l'impact de ce corridor autoroutier nord-sud avec ses trois échangeurs sur notre vie quotidienne, sur notre sécurité, sur la macro-économie de notre région et la micro-économie de chacun de nos villages et hameaux, sur la nature environnante déjà fragilisée, sur notre patrimoine menacé d'abandon, sur notre culture qui peine à survivre, sur notre agriculture en crise, sur notre démographie en péril? Bref, quel sera l'impact du parachèvement de l'autoroute 35 au terme de cette décennie sur l'avenir de Saint-Armand?

À quelques exceptions près, les audiences publiques du BAPE n'ont pas permis d'avoir de réponses à ces interrogations. La raison en est bien simple : les organisations publiques de notre région qui ont pourtant les ressources financières et humaines pour le faire ont brillé par leur absence tout au long des audiences. Ceux qui auraient pu et dû venir aborder publiquement les impacts sociaux, culturels et économiques du projet dans notre milieu se sont tus. Où étaient les représentants de la MRC de Brome-Missisquoi, de la CRÉ de Brome-Missisquoi, du CLD Brome-Missisquoi, du Mouvement Desjardins, de la Corporation de développement de Bedford et région, de la Commission scolaire de Val-des-Cerfs, des grandes entreprises qui ont pignon sur rue dans la région... Absents : motus et bouche cousue! Tous, pourtant, disent jouer un rôle régional et servir les intérêts des grandes comme des petites municipalités quand vient le temps de piger directement ou indirectement dans les poches des contribuables de Saint-Armand...

Ce qui, à mes yeux, ressort d'une manière flagrante de ce silence de nos instances régionales aux récentes audiences du BAPE, c'est combien profonde est l'aliénation d'un 'petit milieu' comme le nôtre à la suite de la régionalisation et la centralisation systématiques de nos services publics durant les dernières décennies. Loin des yeux, loin du coeur : les sentiments d'appartenance et de solidarité régionale seraient-il en train de s'émousser dans ce pays? Faut-il décoder le message que nous envoie cette non-participation par : « On s'en fout pas mal de Saint-Armand et de sa baie qui stagnent; arrangez-vous avec votre autoroute, on a d'autres chats à fouetter dans nos villes-centres »?

Il y a, heureusement, deux côtés à une médaille. Il nous reste encore une tribune démocratique locale bien en place : le Conseil municipal. Et il y a de l'espoir de ce côté pour les 1 297 habitants de Saint-Armand. J'y reviendrai sans doute dans un prochain billet.

Jean Trudeau