Par Andrée Chabot VallièresSuite à l'incendie de l'école du village en 1938, mon père Wilfrid
Chabot et monsieur Adrien Neveu firent des démarches pressantes auprès des
religieuses de la Présentation de Marie de Saint-Hyacinthe afin qu'elles
viennent participer à l'éducation des enfants du village. Ils étaient appuyés
par M. le curé Saint-Pierre et les membres de la Commission scolaire : Moïse
Chevalier, président, Arcade Édoin, Augustin Benoit, Raoul Pelletier et Alcide
Roy, commissaires. Il fut difficile d'avoir leur acceptation parce qu'il y avait
déjà un couvent de la même communauté
à Philipsburg; mais les efforts ne furent pas vains.
En 1939, la Commission
scolaire achetait l'hôtel de M. Philippe Ménard, situé entre le 421 et le 425,
chemin Luke, afin de le céder aux religieuses pour la somme d'un dollar (1,00
$). L'édifice modifié est devenu le couvent du village.

L'ancien hôtel de Philippe Ménard.
En 1939, il fut vendu à la
Commission scolaire de Saint-Armand-Ouest et réaménagé en couvent par les
Soeurs de la Présentation de Marie.
Source :
Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Un escalier extérieur montait aux classes; une grande galerie sur laquelle on
s'amusait les jours de pluie bordait la façade et le côté sud. Deux allées de
petits cailloux gris enjolivées de lisières de
hostas
conduisaient aux entrées principales. La porte de droite donnait accès au
parloir et à la chapelle, tandis que celle de gauche servait d'entrée aux
pensionnaires.
Soeur Philippe-du-Sauveur fut la première directrice.
Elle était accompagnée de Soeur Pierre-Julien, Soeur Aimé-de-la-Providence et
Soeur Emmanuelle, enseignantes, et de la cuisinière, Soeur Donatienne, qui
cultivait un grand jardin et y travaillait ardûment.
Au cours des
ans, le pensionnat a accueilli de nombreux enfants, d'ici et d'ailleurs. Notre
ami Élie Pelletier nous rappelle les noms des premiers pensionnaires : Maurice
Rocheleau, Luc Fournier, Rhéa Rhéaume, Gisèle et Estelle Beauregard. Étant trop
jeune pour fréquenter l'école au début, je me souviens qu'en première et
deuxième années, ma soeur Lise et moi étions demi-pensionnaires; nous soupions,
faisions nos travaux scolaires et dormions au couvent, mais nous allions dîner
chez-nous... en courant, je crois.

Cette photo de deux pensionnaires nous permet de voir les allées de
hostas en façade du couvent. Les deux pensionnaires sont les nièces de Madame
Juliette Desranleau, Marielle et Lise Reed.
Source : Album personnel de l'auteure
Je me rappelle que Soeur René-de-la-Croix, Soeur André-du-Sacré-Coeur (soeur de
sang de Soeur Pierre-Julien), Soeur Saint-Denis, Soeur Saint-Isaïe (professeur
de musique) ainsi que Soeur Mathilde-du-Divin-Coeur (dernière directrice) ont
fait partie intégrante de notre éducation. N'oublions pas notre adorée Soeur
Léonce : elle cuisinait des bonbons en sucre d'orge, de la tire Sainte-Catherine
et des
pets-de-soeurs tout à fait
exquis.
Les religieuses enseignaient de la première à la neuvième
année aux enfants de l'arrondissement et aux pensionnaires. Nous pouvions aussi
enrichir notre formation par des cours de piano, de chant et de théâtre.

Soeur Philippe du Sauveur, première directrice de l'école, surveillant
un groupe d'enfants dans la cour.
Source :
Album du Centenaire de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, p. 51
Vous souvenez-vous du 21 novembre, fête de la Présentation de Marie au temple,
d'après le calendrier liturgique? C'était une journée sans cours académiques. Il
y avait beaucoup d'animation ce jour-là; on présentait un spectacle préparé des
mois durant. Les parents venaient admirer leurs jeunes qui s'exécutaient sur la
scène en chantant, déclamant un poème ou en pianotant des airs de Mozart, Chopin
ou Beethoven. La musique classique était de mise. Le répertoire plus populaire
était celui de
La Bonne Chanson de
l'abbé Gadbois.
Le même scénario se répétait à la fin de l'année
scolaire, avec un nouveau spectacle qui valorisait toujours les élèves. Les
religieuses soulignaient aussi de façon différente la fête de Mère Marie Rivier,
fondatrice de la communauté.
À l'époque, les pensionnaires portaient
une robe noire avec collet et poignets rigides blancs (style collet romain),
jupe à plis avec une ceinture bleue ornée d'un "M" pour attache. Le "M"
signifiait Marie. C'était l'uniforme traditionnel de toutes les pensionnaires de
la Présentation de Marie. Plus tard, le costume était légèrement modifié : la
robe toujours noire avait un collet et des poignets blancs plus souples, et la
ceinture, une boucle blanche. Pour les garçons, rien de spécial : le veston et
la cravate pour les jours de fête.

Andrée Chabot, dans sa tenue de pensionnaire.
Source : Album personnel de l'auteure
C'est en juin 1954 que se 'tourne la page' du Couvent de Saint-Armand.
Soeur
Pierre-Julien y était enseignante depuis les débuts. Ses élèves et leurs parents
ont été heureux de la revoir plus tard, lors du centenaire de la paroisse en
1978. Elle est décédée à Granby, le 10 mars 1981.
À cause de
l'enseignement reçu, de la discipline, du dévouement inlassable et de la grande
générosité des religieuses, nous sommes remplis de reconnaissance et, du fond du
coeur, nous leur disons un GRAND MERCI!
En septembre 1954, deux
laïques, Marie-Reine Lamothe et Laura Larochelle, prennent la relève. Au début
de l'hiver, le chauffage tombe en panne et l'école est fermée : il faut
déménager. Le salon de mes parents accueille une classe; l'autre s'installe au
sous-sol de l'église.
Quelques années plus tard, l'immeuble vendu à
M. Roméo Pelletier tombait sous les pics des démolisseurs. Le bois de charpente
récupéré servit de départ à la construction d'une nouvelle maison.
Notre
Alma mater n'est plus... mais les
souvenirs restent gravés à jamais et nous avons voulu les partager.